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Comment la grammaire vient-elle aux enfants ?

Interview avec Solveig Lepoire-Duc,

Maitre de conférences en sciences du langage

et auteure de « Mon manuel Ribambelle, Étude de la langue CE2 »

            

 

             

Bonjour, Solveig Lepoire-Duc, merci de répondre à nos questions.  

 

À quel âge peut-on dire qu’un enfant commence à faire de la grammaire ?

Un enfant qui apprend à parler découvre progressivement les règles d’organisation de la langue. Au début, les structures grammaticales qu’il utilise sont approximatives puis, petit à petit, il enrichit son langage : il commence à placer des déterminants devant les noms puis affine leur choix, il utilise des formes conjuguées de plus en plus correctes, il essaie de produire des phrases complexes…

Pour se faire comprendre, l’enfant cherche à imiter les modèles grammaticaux qu’il perçoit dans le langage des adultes ; il les adapte à ce qu’il veut dire et progresse grâce aux réajustements et aux feed-back de ses interlocuteurs. Il produit inévitablement des erreurs qui sont souvent le signe de la réflexion inconsciente qu’il mène sur les formes grammaticales.

Par exemple, un enfant de 4 ans qui demande qu’on délume la lumière manifeste qu’il a intuitivement perçu la fonction et le sens du préfixe . On parle de grammaire intuitive.

 

Mais alors, à quel moment la grammaire devient-elle explicite ?

Cela commence au cycle 2. À l’école, l’étude de la langue consiste à faire entrer l’élève dans une grammaire explicite : on le guide « dans des réflexions organisées sur le fonctionnement de la langue » et on lui fournit la terminologie qui permet d’expliquer ce fonctionnement.

 

Comment s’effectue le passage de la grammaire intuitive à la grammaire explicite ?

Il est important que cela se fasse dans la continuité. Mais il faut prendre en compte le fait que tous les enfants n’ont pas eu la possibilité de développer les mêmes compétences langagières. Dans un premier temps, il est nécessaire que, l’enseignant-e propose, même aux cycles 2 et 3, des situations de langage, orales ou écrites, dans lesquelles les élèves vont manipuler sans le savoir la forme grammaticale qu’il a prévu de leur faire reconnaitre en étude de la langue.

Par exemple, si un-e enseignant-e programme une séquence sur les expansions du groupe nominal, il peut commencer par faire écrire pendant quelques jours des devinettes à ses élèves : Je suis un gros animal à plumes qui ne sait pas voler. Qui suis-je ? Une telle activité permet aux élèves d’amorcer une réflexion, même inconsciente, sur la construction des groupes nominaux.

 

Quand est-ce qu’un élève est capable de nommer les notions grammaticales ?

L’apprentissage de la notion grammaticale ne devient conscient et volontaire que dans un second temps au cours duquel les élèves observent les énoncés qu’ils ont produits, en cherchant à comprendre comment ils sont construits : ils les comparent, repèrent des régularités, décrivent les unités linguistiques dont ils reconnaissent les propriétés ; celles-ci peuvent alors être nommées.

Au cours d’un troisième temps, la notion grammaticale est utilisée, de manière cette fois consciente, pour produire à nouveau du langage. On demande, par exemple, aux élèves de décrire et faire reconnaitre un animal mystérieux en utilisant 3 adjectifs, 3 compléments du nom et 2 propositions relatives.

 

Cette démarche rend-elle l’apprentissage de la grammaire plus facile ?

Oui car elle permet déjà de donner du sens à l’apprentissage de la grammaire, de l’articuler avec celui du dire-lire-écrire et d’inciter les élèves à analyser la langue en mobilisant des procédures qu’ils ont commencé à élaborer intuitivement.

Mais tout n’est pas facile pour autant. Se décentrer du langage que les élèves parlent, lisent ou écrivent pour en faire un objet d’analyse est une étape indispensable mais difficile à franchir pour certains qui ont du mal à opérer cette mise à distance. Les élèves doivent atteindre un niveau d’abstraction suffisant pour aborder la langue comme un ensemble d’éléments qui s’articulent entre eux. C’est l’enjeu majeur du cycle 2.

Pour les enseignants, une des difficultés est de comprendre comment leurs élèves se représentent le fonctionnement de la langue. Ils peuvent construire des raisonnements inattendus, déroutants… mais la plupart du temps logiques. L’enseignant doit pouvoir les rejoindre dans cette logique pour les guider dans l’apprentissage de la grammaire.

 

Cette démarche correspond-elle à vos choix pédagogiques dans Ribambelle CE2 ?

On trouve dans Ribambelle des jeux de langage et d’écriture qui stimulent l’emploi de structures grammaticales ciblées. Au début d’une séance, les élèves sont amenés à les manipuler de manière intuitive, puis elles sont utilisées consciemment après avoir été explicitées.
Le manuel propose des activités de catégorisation (recherche d’intrus, tableaux à compléter, carnet de collections…) qui amènent les élèves à reconnaitre par eux-mêmes les caractéristiques des notions étudiées et à les décrire. Cela se passe à l’oral ou sous forme d’écrits de travail.
Pour aider l’enseignant à étayer la réflexion des élèves, le guide pédagogique fournit des indications grammaticales et didactiques.

 

 

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